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» Catégorie : Notre histoire


La vie d’un enfant exceptionnel…

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Notre fils est né le jour J, après une grossesse qui s’est très bien passé. Bébé très désiré, un petit poupon avec le sourire en permanence, très sociable et plein de vie. C’est un bébé calme, qui ne pleure que quand il a faim. Il a les yeux bien ouverts dès la sortie du ventre et essaie de se redresser quand il est ventre à ventre. Jamais de souci avec l’allaitement.

 Il se redresse à 1 mois, attrape rapidement des objets, fait des syllabes. Il se tient assis seul à 4 mois et se tient debout avec aide. Il évolue très bien et la pédiatre ne note aucun souci, elle le trouve souriant, bavard, très joueur. A 7 mois il veut marcher mais pleure quand il essaie et je vois que ses pieds « s’étalent », j’en parle à la pédiatre qu me dit d’attendre qu’il marche… Ouai, ben on va attendre longtemps… Il va beaucoup souffrir de cette situation, quand il voit les enfants courir il se met debout pour les suivre et n’y arrivant pas, se met en boule et pleure. Je fais tout pour le rassurer et lui dire que ça viendra, mais c’est très dur de le voir comme ça. Après un passage à Robert Debré lorsqu’il aura 18 mois, on nous fait des radios et on nous conseille de lui mettre des chaussures hautes en permanence. Il marchera à 22 mois…

 A 1 an,  il entre à la crèche. Il a l’air ravi. Deux mois après je remarque qu’il ne sourit plus, ne parle plus, qu’il ne joue plus beaucoup et qu’il n’aime pas que les gens l’approchent. Je fais plusieurs apparitions à l’improviste et je me rends compte qu’il est tout le temps pieds nus alors qu’il doit mettre ses chaussures, il se brûle même les pieds dehors dans la cour vu qu’il marche à quatre pattes… mais ça ne les inquiète pas à priori. Il est tout le temps sale (couche, nez). Je le récupère un soir hurlant et pleurant seul au milieu de la cour, sans personne qui lui jette un œil, ou avec une énorme bosse sur la tête mais personne ne sait ce qu’il s’est passé. Ou j’arrive et le trouve seul à jouer aux voitures dans un coin sans que personne ne lui parle. Un soir j’arrive et je me rends compte qu’on l’empêche de coller des gommettes avec les autres, soit disant parce qu’il n’y arrivera pas. Ou il saute sur les tables, seul, les filles sont de dos en train de discuter. Ou je le récupère en couche, trempé et glacé, car ça fait 45 minutes ou 1h (elles ne savent plus) qu’il joue en couche avec l’eau du robinet (froide) et que comme ça il ne pleure pas.

Sa référente, adorable, tombera malade et ne reviendra jamais. Elle est partie un soir et on ne nous a pas prévenu, ni lui ni nous. Quand j’ai indiqué que c’était important on m’a répondu qu’à son âge ils ne comprennent rien. Depuis, il ne supporte pas qu’on ferme une porte derrière nous. Si il me voit à travers la porte vitrée de l’école, il se met dans un état de pleurs incontrôlable.

Il souffre énormément des dents et même avec une ordonnance elles ne lui donnent pas de Doliprane. Je récupère le bidon qui n’est même pas ouvert. Quand il souffre il se prostre et elles lui mettent alors les mains sur le corps en lui indiquant « tes bras sont là, tes jambes sont là, ton corps n’est pas mort » (je cite la directrice). Quand elle me voit sidérée face à cette révélation, elle me dit « mais on ne lui fait pas mal ! ».

Je suis sans cesse convoquée pour des motifs ridicules (vaccins en retard alors que ce n’est pas vrai…). Quand je leur signale par exemple que je ne suis pas en retard pour les vaccins et qu’il est malade donc qu’on ne peut pas le faire, leur médecin m’annonce qu’elle vaccine des enfants malades… et que mon fils a les oreilles cireuses… elle l’a donc ausculté sans que je sois au courant ! Pour la marche, je demande un rendez-vous avec leur psychomotricienne pour avoir des conseils mais je n’en n’ai aucun, la discussion dérive rapidement sur mon fils qui est « attardé ». Elles ne me croient pas pour ses pieds et me demandent le dossier médical de Debré, que je refuse de leur fournir.

Puis vint le temps des agressions… Pendant 7 semaines, je vais récupérer mon fils au moins une fois par semaine avec une ou deux blessures légères (un pincement avec les dents ou une griffure) et une grave : un soir je le lave et il hurle, je me rends compte que l’arrière de son oreille est violet et en sang. Je vais chez la pédiatre qui m’indique que tout le conduit est comme « griffé à l’intérieur et arraché ». Le lundi je demande aux auxiliaires qui m’annoncent qu’en effet il s’est fait attaqué mais qu’elles ont oublié de me le dire. D’autres blessures suivent : 7 morsures sur la même joue dans la même journée il était violet et tuméfié, le dessous de l’oeil qui est ouvert et saigne, des bosses énormes (comme des œufs) car il s’est fait pousser (elles présument, elles ne « savent pas ce qui s’est passé »), des morsures et griffures sur le ventre ou les mains. C’est toujours le même enfant et quand je prends rendez-vous avec la directrice, on me dit que le mordeur a besoin d’aide, pas le mordu. Mon fils reste donc dans la même pièce que son bourreau à stresser qu’il lui arrive quelque chose. Je sais qui est l’enfant car quand Adriel le voit le matin c’est pire que tout.

Lors des dernières vacances, il est propre du jour au lendemain, pas d’accident pendant une semaine. Je le dépose le matin et le récupère à l’improviste, dans une couche sale. Je suis convoquée et on me dit qu’il ne peut pas être propre vu qu’il ne marche pas… et qu’accessoirement, il est attardé… depuis, la propreté est un problème, il hurle dès qu’il voit un pôt ou des toilettes.

Tous les matins il veut regarder un épisode de « la maison de Mickey » avant de partir. Aujourd’hui, dès qu’il voit Mickey, il est pris de terreur et panique en hurlant, se cache et me tire pour partir.

Il ne dort alors plus seul, je dois dormir dans son lit et il hurle dans son sommeil (là encore quand je demande de l’aide à la crèche on me répond que le mordu n’a pas besoin d’être aidé et que mon fils est attardé vu qu’il ne marche toujours pas). Il ne veut plus jouer et pleure beaucoup.

J’alerte la directrice puis je fais un recommandé à la direction, je menace de porter plainte et on me répond que si je n’accepte pas les risques je dois enlever mon fils de la crèche… A partir de là elles prennent mon fils « en grippe » et ne lui disent même plus bonjour le matin. Adriel hurle et s’accroche à moi, pleure mais je n’ai pas d’autre choix que de le laisser. Je passe mes journées la boule au ventre et pleurs chaque matin.

Je quitte mon travail dès que je le peux, soit fin juillet et retire mon fils de la crèche. Pour moi l’histoire est close… j’avais tort.

Il ne nous regarde plus, hurle dès qu’il croise une femme, court se cacher en hurlant dans sa chambre si quelqu’un entre chez nous. Même sa grand-mère ou les amis proches ne peuvent plus l’approcher (sauf les hommes). Il ne joue plus, il ne veut que regarder la télé, il ne veut pas qu’on le touche. Lui qui rigolait quand on l’auscultait, il crie et hurle quand le médecin vient le voir. Il n’a pratiquement plus aucune réaction, ne répond plus à son prénom, ne réclame pas s’il a faim ou soif. Il ne joue qu’aux voitures et rien qu’à ça. Il fait beaucoup d’otites et beaucoup de crises où il se jette par terre, crie et pleure.

Les mois passent et je décide en janvier de l’emmener le jeudi après-midi à la halte-jeux en accueil parent-enfant. Au début il hurle dès qu’il voit l’endroit, mais se rassure quand il voit que je reste avec lui. Au fur et à mesure des semaines, il s’y rend avec le sourire et joue de plus en plus (seul, il évite les enfants). Une auxiliaire remarque un « problème » et vient en parler avec moi. Quand nous discutons, elle m’explique beaucoup de choses sur l’évolution d’un enfant et me dit qu’elle pense qu’il refuse de parler pour ne pas mettre des mots sur ce qu’il a vécut. Elle me conseille dans un premier temps de reparler de la crèche avec lui, au calme.

Le soir même je parle avec lui dans son lit et dès que je prononce le mot crèche il se met à hurler, à me frapper, à pleurer très fort. Je lui explique alors qu’il n’y retournera pas, que ce qui est arrivé n’est pas normal et que je suis très triste de ce qui est arrivé. Je craque et c’est Adriel qui me prend dans ses bras. On pleure ensemble pendant 10 minutes, ça fait du bien… Le lendemain il a retrouvé le sourire !

Il sera pris à la garderie 3 matinées par semaine à partir d’avril 2013. La séparation est très difficile pour lui (et moi) donc on prend le temps nécessaire. La psychiatre présente à la garderie nous prend alors en charge. Lors de la première séance, elle explique à mon fils qu’il va falloir expliquer ce qui est arrivé à la crèche. On raconte alors en détail notre histoire. Il devient vite nerveux, se jette par terre, se met à me tirer par les bras pour partir, hurle comme un fou et se met à pleurer comme jamais. C’est très dur de le voir dans cet état. Elle nous confirme qu’il a été traumatisé par tout ça. Une enclume me tombe sur la tête… Mon fils va devenir serial killer de femmes ?? Non, la psy me rassure.

Nous faisons alors des démarches et sommes pris au CMPP, afin d’effectuer un bilan avant notre déménagement. Nous voyons une Pédo-psychiatre une fois par mois pour faire le point, et une psychomotricienne pour un bilan. Nous avons un rendez-vous en juin chez un ORL qui ne voit rien d’anormal en externe (aucune séquelle dûe aux otites) et nous envoie à Paris, pour un test de l’oreille interne. Là des tests sont effectués, mais elle ne peut pas tous les faire car il hurle trop dès qu’on lui touche les oreilles. Elle suspecte cependant une hyper sensibilité car il « sursaute » dès qu’elle émet un son.

A la garderie, il revit. Il regarde les autres jouer puis, au fil des semaines, s’approche de plus en plus et finalement va dans la cour jouer avec eux. Il sourit, joue, et ne m’attend plus derrière la porte. Il refuse même de partir ! Le dernier mois il réclamera d’aller à la cantine avec les autres et ça se passera très bien. Il réclamera ensuite de rester après pour la sieste mais malheureusement nous déménageons. On peut chanter à la maison, alors qu’avant le moindre fredonnement provoquait des hurlements. Il ne hurle plus dès qu’il voit une femme et tente même des approches.

Nous déménageons et continuons les soins en libéral car nous sommes en attente au CMPP de notre nouvelle ville, qui nous prendra l’année d’après.

Il rentre à l’école en septembre, il n’y va que le matin car il n’est pas propre. Nous prenons rapidement rendez-vous avec la maîtresse car elle s’inquiète de le voir seul en permanence. Elle nous conseille de contacter la MDPH et de demander une AVS, car il essaie de s’enfuir et est très angoissé, ce que nous ferons. L’AVS arrivera début janvier 2014, deux matinées par semaine. Quand elle est là, notre fils est beaucoup plus calme, fait son travail.

Au fur et à mesure des semaines, il va s’approcher des autres puis, être toujours avec les autres, rester assis sur le banc avec eux pour écouter les histoires. Dans la rue, il court sur les autres enfants mais au dernier moment s’arrête, comme s’il ne savait pas comment on fait pour la suite. Il va très facilement vers les adultes, même les femmes, les prend par la main s’il a besoin de quelque chose, se montre très explicite dans ses besoins. Pour ma part, j’essaie, chaque jour, de faire un petit atelier avec lui, car il a du mal à se concentrer. On dessine, ou on joue au mémo, ou on fait un jeu éducatif ludique (il est abonné à un magazine très bien pour ça).

Depuis ces prises en charge, les évolutions sont très positives. Notre fils sourit de nouveau, nous regarde, écoute bien les consignes, aime être entouré des autres enfants, n’a plus peur des adultes. Aujourd’hui le langage commence à apparaître et c’est un bonheur de tous les jours.

Est-ce un handicap qui s’est déclenché tardivement ? Ou la conséquence de ces évènements ? On ne le saura jamais… Un procès me direz vous ? Ben on n’a pas de preuves, nous a t-on dit, et oui….