Un site utilisant unblog.fr

Comment j’ai fait parler mon fils…

Avant toute chose, j’aimerais dire aux amis et aux gens qui nous connaissent, de NE PAS le forcer à parler quand vous le voyez, s’il ne veut pas. Cela ne ferait que le bloquer.

Oui, dans ce titre je dis « j’ai » et j’assume. Car c’est moi qui l’ai fait marcher, moi qui l’ai fait devenir propre, de jour comme de nuit, moi qui ai fait en sorte qu’il dorme toute la nuit dans son lit, moi qui lui apprends à utiliser des couverts. Parce que tous ces professionnels qui sont autour de nous, oui ils aident, mais je reste persuadée que si nous, parents, ne les poussons pas, ils ne le feront pas. Ceux qui croient le plus en eux, c’est nous, et si on leur dit qu’ils peuvent, alors ils pourront.

Alors voilà, jusque là c’était un secret entre mon fils et nous, mais aujourd’hui il parle à l’extérieur, il a donc assez confiance pour que je puisse venir vous raconter cette nouvelle aventure dans laquelle je me suis (encore) engouffrée ^^

J’avoue qu’avoir un enfant qui ne parle pas est une angoisse de tous les jours. S’il lui arrive quelque chose, il ne peut pas nous le dire, q’il est malade et qu’il a mal il ne peut pas nous le dire, ce qu’il voudrait pour son avenir il ne peut pas nous le dire… je passe sur toutes ces situations terribles, stressantes, et ces décisions si difficiles à prendre à sa place, sans connaître son avis. Je passe sur les devinettes perpétuelles, qui ont fait que j’ai surnommé mon fils « père fourras »… alors oui, j’en ris mais la situation, au bout de quelques années, devenait (trop) difficile à gérer pour moi, car je suis de ces mères qui pensent que je lui ai donné la vie et que maintenant c’est la sienne et j’estime qu’il doit pouvoir faire ce qu’il en veut. J’ai toujours pris les choses par étapes, j’ai toujours cherché les solutions, trouvé, pu l’aider à passer ces caps. Mais ça… mais quel morceau ! Le faire parler, comment vais-je y arriver, c’est trop énorme ! Je ne me sentais pas capable, mais il a fallu rassembler mon courage et plonger… car j’ai senti que sans ça ça ne viendrait pas, car j’ai senti que c’était le moment ou jamais…

Cela fait des mois, voir années, que j’essaie chaque jour de faire prononcer le mot « voiture » à notre loustik, sans succès car il jetait l’imagier. Nous avons commencé des séances avec une sophrologue et nous avons commencé le makaton il y a quelques mois… coïncidence ? je ne sais pas et je m’en fiche ^^

Mais venons en au fait… Alors que j’étais en plein marasmes quand aux décisions à prendre pour son avenir, j’ai fini, un soir, par fondre en larmes au pied de son lit, et je l’ai supplié… oui j’ai supplié mon fils d’essayer de dire un mot, un seul, que s’il ne veut pas parler du passé il n’en parlerait pas, qu’il peut ne parler qu’avec moi. Je l’ai supplié de me faire confiance, que je ne dirai rien à personne tant qu’il ne voudrait pas. Il me regardait droit dans les yeux, il n’a rien dit, il m’a serrée fort…

Le lendemain il a ramené l’imagier et le chocolat… J’ai donc coupé le chocolat en plusieurs morceaux et je lui ai montré la voiture… et j’ai entendu un « ture » sortir de sa bouche, de mon petit loup fier et craintif, honteux de ce mot mal formulé, si peu sûr de lui. Je l’ai félicité, j’ai dansé la gigue, il a mangé du chocolat et on a continué. Les mots ont tellement de mal à sortir au début, ça en a l’air douloureux, il force, ferme les yeux, ça bloque, ça se répète, mais après des jours d’essai, ça sort enfin ! Et quel BONHEUR !! 

J’essaie actuellement d’insérer un mot par semaine. Au bout de deux mois nous avons de beaux « non je veux pas », « voiture », « moto », « la télé », « de l’eau », « cacae » (chocolat, bonbons, bref tout ce qui lui plait), « caddie », « mal », il imite le bruit des camions et des trains. Cette semaine nous avons introduit le mot « merci », qui ne voulait pas sortir. Nous avons appris à le signer et depuis hier, soit 4 jours plus tard, il ne signe plus mais le dit (il faut dire que quand je lui donnais quelque chose et qu’il avait les mains prises, signer n’est pas facile, il a donc vite préféré le verbal ^^). Imaginez donc pour moi ce que ça représente !! Je suis heureuse, pour lui surtout, fière, soulagée car je sais qu’il est capable de parler… Oserais-je vous avouer que bientôt j’essaierai d’insérer le mot « maman » dans son vocabulaire :p

Bien sûr quand vous en parlez à des parents d’enfants ordinaires, la majorité vous répondent des « hmm » ou des « ah ouai c’est bien » mais ils ne se rendent pas compte… de la patience, du travail, de la lutte, du courage qu’il lui aura fallut. Eux s’imaginent que du jour au lendemain il va vous raconter en détail le dernier « cars 3″… Je sais que le chemin sera long, et j’ai passé, j’avoue, 2 semaines terribles à avoir tellement peur qu’il s’arrête… Aujourd’hui nous avons fait les premiers pas sur ce chemin si merveilleux, et peut importe le temps, car aujourd’hui il a envie et il est fier. 

J’ai envie de vous dire, à vous parents d’enfants exceptionnels, de ne jamais lâcher, de ne jamais perdre espoir et de ne jamais écouter ces toubibs horribles qui nous rabâchent qu’il vaut mieux leur apprendre un autre système de communication car il ne parlera peut-être jamais… J’ai envie de vous dire que tant que vous y croirez, ça pourra arriver. J’ai envie de vous dire que nos combats nous donnent les plus belles victoires. 

Et j’ai envie de dire à mon fils, qui plus tard pourra me lire, que je ne pourrais jamais trouver les mots pour lui dire combien j’admire son courage, sa force, sa ténacité. Comparé à ce petit bonhomme, je suis si insignifiante. Ce combat nous le menons à 3, nous le gagnerons à 3, peu importe le temps, peu importe la difficulté, car nous avons la plus belle des prises en charge : L’AMOUR. Je t’aime mon bonhomme, je t’aime infiniment.

15 avril, 2017 à 20 h 12 min


Laisser un commentaire